Le Grenelle 2 devait être la boîte à outils du Grenelle 1 qui fixait les ambitions écologiques de la France. On se souvient du raout médiatique sarkozyste, l’effet bling bling de celui-ci. En écologie comme dans bien d’autres domaines, le Président annonçait qu'il allait changer la donne grâce à son volontarisme politique. Selon lui, l’écologie n’était point une affaire idéologique, elle n’appartenait pas plus à la gauche qu’à la droite. On allait voir ce qu'on allait voir. Le 25 octobre 2007, lors de la restitution des ateliers du Grenelle, devant Al Gore et J.M. Barroso, Nicolas Sarkozy avait annoncé qu'il tomberait « sur des inerties, des routines, des égoïsmes, des aveuglements, des idéologies. ». Le texte voté par l'Assemblée nationale vient lui donner raison : les égoïsmes, les aveuglements et les idéologies ont pris le dessus sur les espoirs d'alors.
Si la démarche participative engagée a été un succès, sur la forme comme sur le fond, ce qui a permis l’adoption d’une loi Grenelle 1 somme toute intéressante, on ne peut que mesurer à cette aune la faiblesse du paquet Grenelle 2. La boîte à outils est vide ou presque. Est-il nécessaire de revenir sur le dossier éolien, dont le développement, tout particulièrement en Bretagne est une nouvelle fois sur la sellette ? Seuil minimal de cinq éoliennes par parc, seuil de distance minimum aux habitations, soumission au régime d'autorisation au titre des installations classées pour la protection de l'environnement, etc : après les attaques récurrentes de députés soucieux de préserver les intérêts de la filière électronucléaire, le respect des engagements internationaux français en termes de production d’énergies d’origine renouvelable est bien mal engagé.
La fiscalité écologique, sujet sensible car il touche au portefeuille du citoyen, a été abordée par-dessus la jambe comme pour mieux planter toute initiative dans ce domaine. Il sera à l’avenir difficile de remettre ce sujet sur la table des discussions. Pourtant, il devient urgent d'instaurer une sorte de principe de précaution fiscale pour éviter que les plus démunis ne soient frappés de plein fouet par les crises énergétique et climatique. La fiscalité est une affaire de justice sociale : c'est l’outil par excellence de la mise en œuvre d’un projet politique, ici, l’adaptation de la société et de l’économie aux enjeux du XXIème siècle.
L’expérience Grenelle montre au final toutes les limites du simple volontarisme en politique qui s’acoquine bien souvent avec la démagogie. Elle souligne l'utilitarisme électoraliste du Président Sarkozy : surfer sur la vague écolo en épargnant les intérêts productivistes et libéraux de ce pays. Avec le débat sur les OGM, nous avions déjà eu l’occasion de constater – ceci dit sans surprise- l’art du grand écart gouvernemental. L'achoppement du Grenelle, coquille vide au goût amer pour ceux qui ont succombé à l'illusion sarkozyste, démontre bien que l’écologie ne peut être de droite. Derrière l’écologie, il y a un autre projet de société que celui défendu par l’UMP et celui-ci puise en majeure partie ses valeurs à gauche, la solidarité par exemple. L’écologie est née à gauche et grandira à gauche. C'est déjà le cas dans la plupart des régions où un Grenelle moins clinquant mais réaliste et efficace est à l'œuvre.
Dominique RAMARD
Conseiller régional
délégué à l'énergie et au climat
Coprésident de Bretagne Ecologie
Rennes, le 12 mai 2010
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