Le rassemblement de la gauche, tout un programme !

Retour sur Vent d'Ouest, rencontre à laquelle Daniel Cueff était invité à s'exprimer.

Daniel Cueff, était invité mardi 24 août à la 4ème édition de Vent d'Ouest, au Palais des congrès de Lorient. Vent d'Ouest est une association créée par Daniel Gilles et Thierry Goyet, deux militants communistes du Morbihan. L'objectif ? Alimenter le débat à gauche en dépassant le cadre des appareils politiques traditionnels. Une démarche qui correspond à l'initiative de Bretagne Écologie. Les invités interviennent par conséquent en leur nom.

Outre Daniel Cueff, on retrouvait mardi soir autour de la table des discussions, Jean-Claude Sandrier, député communiste, président du groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine à l'Assemblée nationale, Mona Bras (UDB), conseillère régionale, Jean-Luc Gonneau, La Gauche Cactus et Stéphane Le Foll, député européen socialiste.Trois thèmes ont orienté les échanges :

Pour riposter à Sarkozy, son gouvernement et aux puissances financières, peut-on rassembler un front populaire, progressiste et social, un Front de Gauche ?

Quelles réponses et projets à Gauche pour sortir de la crise du capitalisme en Europe et dans le Monde et de ses conséquences pour le pays ?

2012, élections législatives et présidentielles : quels rassemblements, quels programmes, quels projets pour la période 2012-2017 ?

Jean-Claude Sandrier a d'abord pris la parole en soulignant que le règne sarkozyste était « une attaque frontale contre 200 ans d'histoire de France » avec comme traduction concrète un net recul sur les plans économique, social et moral. Il a également considéré que la régulation du capitalisme était un objectif insuffisant pour la gauche car « le capitalisme ne se régule pas, il ne se moralise pas ! », déclaration sur laquelle Stéphane Le Foll a rebondi quelques minutes plus tard en réclamant qu'on ne confonde pas symboles et objectifs : « On utilise des mots mais qu'est ce que l'on met derrière ? ». Invoquant plus de réalisme dans les propositions pour ne pas décevoir les Français qui « de toute manière ne nous croiraient pas », il a invité les différents intervenants à tenir compte des réalités du monde, notamment sur le plan économique.

A un Jean-Claude Sandrier qui a appelé les uns et les autres à se concentrer sur le projet de la gauche (« moi le candidat de 2012 je m'en fout, ce n'est pas la question, la question est de savoir quelle société nous voulons construire et promouvoir »), Daniel Cueff a répondu par l'affirmative tout en insistant sur le programme qui représente « l'opérationnel » : « seul un programme peut être fédérateur de la gauche, c'est la démarche que nous avons eu avec succès aux dernières élections régionales en Bretagne, il nous reste maintenant à le mettre en place ».

Mona Bras qui se tenait à ses côtés a d'ailleurs eu cette phrase conciliante en se référant à l'échec des négociations de l'entre deux tours entre Europe Écologie Bretagne et la liste Le Drian :  « Nous avons la responsabilité collective de dépasser ce qui s'est passé ».

Voilà qui est de bon augure pour l'avenir et le rassemblement nécessaire de la gauche pour battre le candidat Sarkozy en 2012.  Converger plutôt d'exacerber les différences dans un contexte où la posture stratégique ultra sécuritaire du Président Sarkozy vise aussi à motiver la multiplication des candidatures à gauche ! En s'affaiblissant aujourd'hui, de manière tout à fait honteuse et dangereuse en ravivant les sentiments de rejets les plus abjects notamment envers les populations nomades, il fait le pari de provoquer la division à gauche pour se renforcer demain. Le piège est tendu, à la gauche de ne pas tomber dedans !

Quatre questions à Daniel Cueff

1.Daniel, tu étais l'invité de Vent d'Ouest. Que penses-tu de cette initiative qui s'inscrit quelque part dans la logique qui a conduit à la création de Bretagne Écologie ?

C'est une initiative très intéressante car nous sommes à un tournant de la vie politique pour construire un projet et un programme de gouvernement pour la Gauche. Il s'agit de travailler sur les points de convergence et pour se faire il s'agit de comprendre les concepts sur lesquels les différentes forces de gauche s'appuient pour penser une nouvelle société

2.Quels ont été pour toi les moments marquants de ce débat ?

Il y a manifestement un mouvement qui se dégage avec force pour éviter à la France un deuxième mandat sarkozyste contre la République. Au-delà de cela, ce sont les propositions de la Gauche qui ont été débattues et nous voyons bien qu'il y a là un travail émergent qui n'est pas encore abouti, loin s'en faut.

3.Tu as été titillé par Stéphane Le Foll sur le débat qu'il a qualifié d'aberrant sur les notions de croissance et de décroissance alors que de ton côté tu appelais à une autre consommation plus respectueuse des populations et des ressources. Existe t-il encore des incompréhensions fortes entre la gauche classique et les écologistes, des incompréhensions qui puissent conduire à des stratégies différenciées ?

La gauche est tiraillée par deux tendances : d'un côté une tendance productiviste qui voit en la production et en l'augmentation des volumes produits les conditions de la croissance et donc du plein emploi. Cette posture classique génère destruction de l'environnement et exploitation de l'Homme par l'Homme sans compter qu'elle n'apporte pas la preuve du plein emploi et encore moins de la qualité de l'emploi. De l'autre côté la tendance dite de la décroissance qui a essentiellement des visées naturalistes qui est porteuse d'une radicalité contraignante. Ce qu'a fait Stéphane Le Foll, c'est de renvoyer ceux qui comme les écologistes posent la question des impasses de la croissance dans le camp des décroissants ! C'est dommage car cela évite bien entendu de se poser la question de la croissance actuelle dans ses finalités et ses modalités. Produire autrement et consommer autrement sont deux questions qu'il faut prendre de front, questions à corréler à la régulation des échanges internationaux et la re-territorialisation de l'économie comme conditions de la solidarité internationale.

4.Quels sont les messages importants que tu as voulus faire passer ?

Le message principal que j'ai tenté de faire passer est d'affirmer que les Verts devaient passer la main à Europe Écologie. Ce parti a eu son utilité car le premier à poser la question de l'écologie politique. Mais son enfermement d'appareil empêche les ouvertures programmatiques. Nous l'avons prouvé en Bretagne, avec Bretagne Écologie, il est possible de négocier avec les autres forces de la gauche un accord programmatique dans l'écologie, donc la question sociale, ont une place transversale déterminante. Les électeurs ont voté pour un programme et une équipe, la droite a fait en Bretagne le plus mauvais score de toutes les Régions. Cette expérience bretonne doit être regardée de près.

Daniel CUEFF

Contact presse : Christophe KERGOSIEN, 02.23.21.36.56, 06.85.90.20.30