L'hiver approche, avec ses pointes de consommation électrique.... et pourtant....

Centrale électrique
À quelques dizaines de mètres du poste source EDF. Vous pourrez vous rendre compte que cet outil de production de 6,7 MW bien entretenu est en parfait état et que ce serait un sacré gâchis que de « jeter tout cela à la poubelle » !!!

L'hiver approche. Et en Bretagne chaque hiver, on craint un « black-out » à cause des pics de consommation hivernaux*.

Jusqu'à présent, la Bretagne faisait face à ces risques de black-out en ayant recours à des centrales dites « d'extrême pointe », qui sont des centrales indépendantes, fonctionnant au fioul et environ une centaine d'heures par an, d’une puissance de 5 à 10 MW. Il existe plusieurs centrales de ce type en Bretagne : à Melgven, Saint-Coulitz et Josselin notamment. Cette dernière est aujourd'hui fermée et les deux autres risquent le même sort d'ici le 15 décembre prochain, faute de renouvellement de contrats viables avec EDF à l’issue des 15 années du contrat initial.

Mises en service dans les années 1990, ces centrales ont le mérite d'être opérationnelles instantanément à la demande (actionnée par EDF à distance), jouant ainsi « un rôle fondamental dans l’équilibre du système électrique puisqu’elles sont utilisées comme le dernier moyen de production appelé, avant le recours au délestage », comme l'explique l’Association Nationale des Producteurs d’Electricité d’Extrême Pointe (ANPEEP)...

Et pourtant... La plupart d'entre elles craignent aujourd'hui d'être contraintes de stopper leur production (comme celle de Josselin) et de fermer leurs portes car EDF propose dans ses nouveaux contrats 29€ le kW/an contre 93 € jusqu’à présent. Avec cette proposition de contrats, les centrales d'extrême pointe pourraient à peine couvrir leurs frais d'exploitation, alors qu'en sera-t-il en cas de pépins  ? EDF a la réponse. Le grand groupe impose dans ses nouveaux contrats sa filiale Dalkia pour la maintenance, histoire que si ces petits producteurs résistent, ils ne soient plus vraiment indépendants.

Derrière ces nouvelles propositions d’EDF de contrats aux Producteurs d’Electricité d’Extrême Pointe, il y a la volonté de re-centraliser la production électrique en Bretagne, une production centralisée sur laquelle les grands groupes auraient la mainmise, une production centralisée qui ne permettra pas de répondre au plus près des besoins du territoire et qui justifiera sans grande difficulté la nécessité d'implanter par exemple une centrale CCG (gaz) de 450 MW dans le Finistère.

Pour Bretagne Ecologie, on va vraiment à contre-courant.

Avec le saccage de ces petites unités indépendantes de production, on s'en remet une nouvelle fois au bon vieux modèle de l'énergie centralisée. La politique énergétique de notre pays manque cruellement d'ambition. Aujourd'hui rien ne va dans le sens d'une production décentralisée, locale. Aucune réflexion autour des boucles énergétiques. Pour Bretagne Ecologie c'est en décentralisant la production électrique que l'on pourra au mieux l'optimiser, et mieux impliquer les territoires. Et pour cela il nous faut travailler localement en diversifiant les types de production et les producteurs et en se rapprochant des collectivités et des citoyens. Pourquoi donc supprimer brutalement diverses unités qu'elles soient thermiques, hydrauliques, etc. ? Est-ce la tactique du pire … ?

Et si ces centrales d'extrême pointe dont il est question ne correspondent certes pas au modèle de demain, notamment en matière environnementale (rappelons quand même qu’elles tournent en moyenne 100h/an soit seulement environ 1,1 % du temps….), elles sont encore en parfait état car bien entretenues et aptes à produire encore pendant de nombreuses années. Est-il bien judicieux de laisser la loi du marché les couler alors que rien aujourd'hui ne nous garantit plus qu'hier notre approvisionnement en électricité ?

 

 

Reportage photos sur la centrale d’extrême-pointe de Melgven (29), à quelques dizaines de mètres du poste source EDF. Vous pourrez vous rendre compte que cet outil de production de 6,7 MW bien entretenu est en parfait état et que ce serait un sacré gâchis que de « jeter tout cela à la poubelle » !!!

 

* phénomène nouveau : en été également apparaissent depuis peu de temps des pics liés aux déclanchements des climatiseurs lors des grandes chaleurs….

Emile BIHAN
Conseiller Régional Bretagne Ecologie