Pollutions agricoles de l'eau, ce que ça nous coûte.

Le ministère de l'Ecologie a publié fin septembre sur son site une étude réalisée par le Commissariat général du développement durable intitulée « Coûts des principales pollutions agricoles de l'eau » qui nous livre de précieuses indications.

Ce document fait notamment état des dépenses additionnelles des services d'eau et d'assainissement liées aux pollutions d'origine agricole qui se répercutent sur la facture d'eau du consommateur domestique. Dépenses de lutte contre la pollution agricole financées par l'agence de l'eau, eutrophisation des captages, déplacement des captages, traitements complémentaires... le coût total de ces actions est estimé entre 640 et 1140 millions d'euros par an, représentant de 7% à 12% de la facture d'eau des ménages. A ces dépenses, il faut ensuite ajouter celles du fait des pollutions mais n'impactant pas sur la facture d'eau potable : achat d'eau en bouteille, collecte et traitement des bouteilles, filtrage domestique, etc. Au total, l'impact financier sur les ménages se situerait entre 1 milliard et 1,5 milliard d'euros par an. Enfin, les auteurs estiment le coût annuel du traitement des excédents d'agriculture et d'élevage (nitrates + pesticides) dissous dans l'eau entre 54 et 91 milliards d'euros... Voilà quelques uns des résultats mis en avant dans ce document qui montre combien nous coûte l'agriculture intensive.

Or, il n'est pas rare qu'on oppose aux défenseurs de la cause écologique le coût qu'entraîneraient les réformes environnementalistes comme principal argument pour justement ne pas réformer. Nos détracteurs ont d'autant plus usé de cet argument ces derniers temps, avec « la crise ». Aujourd'hui, ce rapport nous montre qu'il est urgent d'agir en amont, à titre préventif et en ayant notamment recours à une agriculture respectueuse de son environnement comme l’agriculture biologique par exemple. Et il nous montre, ce que nous disons depuis longtemps, à savoir qu'il est bien plus coûteux de ne pas agir, bien plus coûteux de dépolluer que de prendre les mesures nécessaires pour ne pas polluer... Une dernière estimation qui se passera de commentaire : le coût de restauration des eaux souterraines est évalué entre 522 et 847 milliards d'euros.

A la lecture de cette étude qui certes « n'engage que ses auteurs et non les institutions auxquelles ils appartiennent », on constate une nouvelle fois que le gouvernement n'est pas à une contradiction près. En effet, alors que les services de l'Etat viennent de montrer l'impact financier, exorbitant, des pollutions dont sont en grande partie responsables les apports en azote, paraît le décret très controversé assouplissant les règles d'épandage (au JO du 10 octobre) !

Pascal Dallé
Co-président de l'association Bretagne Ecologie